Dissertation Explicative 99 Francs Torrent

Réflexions sur la danse artistique musulmane

au moyen âge*

Nous savons qu'aussitôt après l'achèvement des grandes conquêtes de l'Islam se produisit un fait extraordinaire : avec une rapidité foudroyante, une nouvelle civilisation naquit, la civilisation musulmane. L,a création, à cette époque, ressembla dans tous les domaines à un flux de torrent. L,es musiciens de talent occupèrent une place de choix dans le cadre somptueux des cours et des palais ; les théoriciens de la musique, de leur côté, s'acharnèrent à démontrer les valeurs morales et scientifiques de cette discipline. Mais la danse (nous pensons uniquement à la danse courtoise, artistique, à l'exclusion de toute autre) a été passée plus ou moins sous silence par les divers traités, et les études contemporaines n'en parlent pas davantage. Nous chercherons ici la raison de ce silence.

Tout d'abord, nous avons considéré comme possible que la danse ne fît pas partie du royaume de la musique, et par là même représentât une discipline à part. Mais, au fur et à mesure de notre recherche et à la lumière des témoignages, nous avons été amené à éliminer totalement cette éventualité. Serait-ce alors un manque d'intérêt ? ou bien une déconsidération de la danse en tant qu'art digne de figurer à côté des autres arts ?

I^es témoignages recevables et les bases certaines que nous possédons au sujet de la danse en ce domaine ne remontent qu'au xe siècle ; mais il serait inconcevable que la richesse et la perfection alors décrites aient jailli tout d'un coup du néant. Quoique nous manquions de textes sur l'époque préislamique, nous sommes convaincu que nomades et sédentaires arabes, ainsi que l'ensemble des peuples conquis par l'Islam, possédaient les uns et les autres une riche tradition populaire. Bien plus, dans certaines sociétés raffinées, celle de la Perse par exemple, existaient probablement des traditions assez évoluées. Comme la littérature arabe préislamique est orale et n'a été écrite qu'après la conquête, il est permis de supposer que des raisons religieuses et morales ont peut-être fait éliminer certaines descriptions de la danse. Hostile dans un certain sens à la musique, la religion musulmane devait l'être d'autant plus à la danse, laquelle pouvait porter atteinte à la morale. Nous reviendrons par la suite sur cette hypothèse qui nous paraît capitale1. Cependant, nous possédons deux courts textes, relativement plus récents, qui donnent de vagues notions quant à l'existence d'une danse populaire.

Dans ses Prolégomènes, Ibn Haldûn2 nous dit, au sujet des genres de chants qui existaient chez les nomades : « La plupart [de leurs airs] étaient du rythme appelé hafïf (léger), celui dont on se sert dans la danse et pour marquer les pas quand on marche au son du duff (tambourin) et du mizmâr (flûte) . Ce rythme excite l'âme à la gaîté et fait s'épanouir les esprits les plus sérieux. Chez les Arabes, il se nommait hazag. De toutes

* I^a bibliographie du sujet est extrêmement pauvre. En dehors des sources indiquées dans les notes accompagnant notre étude, il n'existe, à notre connaissance, que très peu de travaux, en liaison indirecte avec notre sujet. Nous avons vu les deux ouvrages bibliographiques suivants : a) J. D. Pearson, Index Islamicus 1906-1955. A Catalogue of Articles on Islamic Subfects, Cambridge, 1958. Dans le 2e vol., qui vient de paraître en 1962 et qui couvre la période 1955/60, un seul article sur la danse est à signaler : Sirajul Haq, Sama' and Raqs of the Darwishes, dans « Islamic Culture », t. XVIII, 1944, p. 111-130. — b) P. D. MaGriel, A Bibliography of Dancing, A List of Books and Articles on the Dance and Related Subjects, New York, 1941. Ici, nous avons trouvé trois articles : Karl Horak, Der Volkstanz in der schwabischen Turkei, dans « Deutsche Archiv f. L,andes- u. Volksforsch. », t. II, 1938, p. 836-858 ; Sheikh A. Abdul- lah, Dancing East of Suez, dans « Dancing Times », juin 1938, p. 274-278 ; A. Chotttn, Chant et danses berbères, dans « Rev. de musicologie », mai 1936, p. 65-69. — Signalons enfin deux publications : Nahidé et Medjid Rezvani, Méthode traditionnelle des danses persanes, dans « Arch. internat, de la danse », 1935, p. 27-28 ; Medjid Rezvani, Le théâtre et la danse en Iran, Paris, 1962.

1. Cf. H. G. Farmer, A History of Arabian Music, I^ondres, 1929, p. 20-36.

2. 'Abd al-Rahmân Ibn Haldûn (1332-1406), issu d'une famille de Séville qui émigra à Tunis, représente la figure la plus imposante de la littérature' historique arabe. I,es prolégomènes (Al-Muqaddima) à sa vaste Histoire des Berbères touchent à toutes les branches des connaissances et de la civilisation arabe. Texte arabe éd. E. M. Quatremère, Notices et extraits des manuscrits de la Bibl. Nat., t. XVI, XVII, XVIII, Paris, 1858. Trad. franc, et comment, p. De Slane, éd. P. Geuthner, 3 vol., Paris, 1936/38. (C'est une reproduction photo-mécanique de l'éd. orig. : Notices et extraits..., t. XIX, XX, XXI, Paris, 1862/68.) Nous le citerons d'après l'éd. Geuthner sous le sigle : De Slane, Trad. — Signalons encore une très bonne trad. anglaise avec index, parue en 3 vol., en 1958, sous la signature

de F. ROSENTHAL.

463

Par Alexandre Rosa, rédacteur en chef de Bol.fr :

Frédéric Beigbeder est omniprésent à la télé et dans la presse. On refuse de le reconnaître. Mais qu'importe ? 99 F est le roman qui a fait beaucoup rire notre département marketing cet été. L'apologie à outrance du monde de la publicité, la campagne de Maigrelette, le yaourt de Madonne, et les déboires d'Octave, un jeune créateur politiquement incorrect, renvoient au réel. Caricature excessive ou pastiche documentaire, 99 F est plébiscité par des lecteurs de plus en plus nombreux. Et si le rire était aussi un critère de choix de lecture ? 

Ex-publicitaire, Frédéric Beigbeder
sait vendre son dernier roman

PARIS, 1er sept (AFP) - Frédéric Beigbeder, dont le roman, "99 francs", divise la critique, a le talent de faire parler de lui et, par conséquent, de savoir vendre son livre en crachant dans la soupe, ce que, d'ailleurs, il revendique.

Ce roman est une charge féroce contre la publicité : Beigbeder dit que le marketing "pervertit la démocratie", que les "créatifs" "vendent de la merde". "Nous sommes conditionnés, emballés, packagés comme des produits", écrit-il en comparant les hommes de pub aux nazis.

Dans cette rentrée littéraire un peu terne, ce livre - publié par un éditeur, Grasset, rarement bredouille à l'heure de la remise des prix littéraires d'automne - a au moins le mérite de susciter le débat sur la vraie nature de la publicité.

"Dans 50 ans, Alfred Duler sera poursuivi pour crimes contre l'humanité. Chaque fois que ce type emploie le mot +marché+, il faut comprendre «gateau» (...). Il vous hait, sachez-le. Pour lui, vous n'êtes que du bétail à gaver, des chiens de Pavlov, tout ce qui l'intéresse, c'est votre fric dans la poche de ses actionnaires (...). Et que tourne le Meilleur des Mondes Matérialistes", écrit-il à propos du directeur du marketing de la société "Madone".

Romancier, critique à la télévision ("Rive droite, rive gauche", sur Paris-Première, avec Thierry Ardisson) et dans la presse écrite (Voici), pilier des cocktails du tout-Paris culturel, protégé d'un mandarin des lettres comme Philippe Sollers, admirateur du romancier américain Bret Easton Ellis, Frédéric Beigbeder joue dans le paysage littéraire de l'époque le rôle du "bourgeois" (c'est lui qui le dit) insolent.
 

Drôle pour certains, cynique pour d'autres
 

Ce potache doué considère qu'aujourd'hui "la désobéissance est devenue une forme d'obéissance" et que "la révolte fait partie du jeu" : dans ce contexte, il est difficile de jauger la sincérité du roman.

Des critiques ont trouvé cet ouvrage drôle, d'autres cynique, titrant par exemple : "99 francs? zéro franc". Peu importe, l'important c'est qu'on en parle : l'opération est d'ores et déjà réussie, grâce en partie à une trouvaille digne d'un vrai "pubeux".

"J'écris ce livre pour me faire virer", dit Octave, le personnage principal de "99 francs", rédacteur publicitaire "mort-vivant" couvert d'argent, de jolies filles et de cocaïne. Or, Beigbeder, qui travaillait depuis dix ans dans la pub (et depuis cinq ans chez Young et Rubicam, premier groupe mondial), a été licencié pendant l'été par cette société, qui n'a pas apprécié le ton mordant de son concepteur-rédacteur. Il a décidé de porter l'affaire devant les prud'hommes.

En attendant, il explique dans les médias comment il a été licencié "sur le champ et sans indemnités", pourquoi, à 35 ans, il se sent désabusé. Il prend aussi la pose : l'air conquérant, le pied écrasant un barril de lessive, ou la main imitant un revolver pointé sur des produits laitiers, ou carrément, en "blues brother", lunettes de soleil et expression farouche, fusil sur l'épaule. 

Dans Paris-Match, Christophe Lambert, patron de l'agence CLM/BBDO, estime que ce livre est "l'acte de rédemption d'un dandy qui aurait ressenti le besoin d'expier son passé pour se faire accepter dans les milieux intellectuels parisiens", l'accusant de "démagogie". Selon lui, "la meilleure publicité n'a jamais fait vendre un mauvais produit". Les lecteurs jugeront. 



99 FRANCS, de Frédéric Beigbeder
Brief, brand review, insight, copy strat, roughman, outdoor, mainstream, go/no go, key visual, packshot, brainwash, baseline... La liste est longue, et non exhaustive ici, des vocables anglais faisant partie du sabir dont usent -et abusent tout autant- les publicitaires qui se croient dans le vent. 
Mais "qui sème le vent récolte la tempête" nous avertit en digne épigone de MC Solaar un SDF sosie du narrateur. Ce dernier, Octave Parango, que son patronyme destine à incarner l'anti-type par excellence, est pourri jusqu'à la moelle par le milieu de la pub et le fric qui l'accompagne. Etre concepteur-rédacteur dans une des plus grandes agences du XXè siècle (Rosserys & Witchcraft, dite la Rosse) devrait pourtant faire de lui un beau parti, comme l'on dit. Mais voilà: Octave ne se suffit plus de ses milliers de kilofrancs, de sa dose quotidienne de coke et des mondanités parisiennes sans fin. Il a même la bonne idée, lorsque sa femme Sophie lui annonce qu'elle est enceinte, de la plaquer sur-le-champ afin d'affirmer sa liberté de mouvement, son indépendance de mec branché qui préfère plutôt fricoter avec Tamara, sa "pute platonique". 

Voilà qui est plus tendance. Il est un peu con, Octave. La suite? Elle consiste dans le déroulement effrayant, poussé jusqu'à son extrémité logique, d'une critique radicale de la pub. Lassé et écoeuré par les manoeuvres subversives qui sont incessamment les siennes et celles de ses confrères pour suborner le public, la cible des consommateurs de masse, le jeune concepteur-rédacteur livre alors toute sa bile. Son espoir est en effet d'être viré illico presto par ses supérieurs hiérarchiques à la lecture de son testament de publicitaire "in the moove" - qui ne vaut pas plus de 99 francs à ses yeux. Et de finir ses jours sur une île paradisiaque où il partouzerait avec deux putes en s'envoyant toute la coke possible. Un rêve de grand garçon, quoi... 

Chacun sait cependant que la publicité, assimilée par Octave au fascisme hitlérien, revient à faire rêver les gens de denrées qui normalement devraient être gratuites. Ou dont ils n'ont absolument pas besoin. Il est donc logique que les délires oniriques d'Octave lui échappent et soient réalisés par d'autres à son insu: encore que, une fois informés qu'il s'agit en l'occurrence de sa femme et son patron, cette logique puisse s'avérer pour le héros au moins discutable! Toujours est-il que le jeune requin de la publicité va y laisser une partie de sa raison parce que, happé dès lors par un série de questionnements "métaphysiques" au lieu de faire son boulot: trouver l'"accroche" requise du produit laitier Maigrelette. Pas de quoi en faire un fromage - sauf si cette errance le conduit quelques moi(s) plus tard à trucider à Miami avec son copain d'agence Charlie une vieille actionnaire des fonds de pension américains! 

On mentirait donc en affirmant qu'au détour de ce roman le "totalitarisme publicitaire" ressort grandi: Beigbeder qui en connaît les arcanes comme sa poche prend un malin plaisir, selon tous les sens de l'expression, à en démonter méthodiquement les rouages. Il le fait qui plus est avec un humour aussi salutaire qu'irrésistible: les "dix commandements du créatif" en sont un bon exemple, de même que la démonstration du primat des slogans publicitaires dans l'environnement du "village global" ou du marché planétaire. Nul n'osera contester que cette "confession d'un enfant du millénaire" expose de manière implacable en quoi "les marques ont gagné la World War III contre les humains". 

Qu'on se le dise: Big Beigbeder is watching you! Les opportunistes qui surfent sur la vague du "terrorisme de la nouveauté" ne sont jamais toutefois que des victimes, ce qui montre comment la publicité a pu devenir au XXè siècle LE moyen de communication l'emportant de loin sur la politique et la religion. Certains passages flirtent ainsi audacieusement avec l'essai avant de retomber dans le sillon du récit sans prétention édifiante. 

Il est vrai qu'Octave, en tant qu'écrivain, ne cherche à duper personne: n'affirme-t-il pas dès les premières pages de son livre que "la littérature est délation"? Mais c'est pour ajouter aussitôt: "Je cherchais partout à savoir qui avait le pouvoir de changer le monde, jusqu'au jour où je me suis aperçu que c'était peut-être moi." Fissure désenchantée de l'identité au sein du monde moderne, le texte se présente comme un miroir diffracté d'Octave, renvoyant à six interprétations du même ensevelissement du personnage principal sous les immondices du crétino-capitalisme: je, tu, il, nous, vous, ils. Avec bien sûr les inévitables (fausses) coupures publicitaires les distinguant. 

Quoi qu'il en soit, de la consommation à la "consumation", le marketing s'affiche bel et bien comme "une perversion de la démocratie". A l'instar d'un La Boétie des affaires publicitaires, Frédéric Beigbeder dénonce en même temps sans mâcher ses mots la complicité et l'irresponsabilité du menu populaire qui alimente de ses propres fantasmes et appétits concurrentiels le spectre des slogans ou "titres" tyranniques... Rendons-en lui grâces : "99 francs" est un ouvrage qui lie astucieusement punch et panache. Un roman qui ne loue jamais "le style bruyant-bronzé-gourmette-vulgaire" et fait du bien là où ça fait mal! 

Frédéric Grolleau (paru.com)

0 thoughts on “Dissertation Explicative 99 Francs Torrent

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *